Psychosophrologie 
La Psychosophrologie est une synthèse de relaxation sophronique et d'une approche analytique . La résolution en 1989-90 d'un cas de diabète insulino-dépendant a donné lieu à des interventions en France et à l'étranger ainsi qu'à des publications en plusieurs langues. Brève relation du cas dans ; "La Sophrologie autrement" d'A. Payen de la Garanderie aux Ed. Granger. Des résultats appréciables et définitifs ( à notre connaissance et avec un recul d'une dizaine d'années ) sont obtenus dans les cas d'addiction (tabagisme/alcoolisme, en particulier), sans décompensation ni transfert de symptôme . Nous avons noté des rémissions totales qui durent depuis plus 7 ans dans des cas de papillomatoses, polyarthrites rhumatoïdes, hépatites diverses..
Psychosophrologie : étude d'un cas de diabète
Le titre même de cette courte intervention la contient toute entière ! En effet, lorsque je parle de psychosophrologie, bien des confrères, psychanalystes ou non, sophrologues ou non, grincent des dents et certains vont même jusqu'à crier à l'hérésie et n'hésitent pas à jeter sur ma démarche l'anathème d'un sectarisme qui n'est plus à l'ordre du jour lorsqu'il s'agit de soulager la douleur d'autrui.
Je pratique la psychanalyse et si j'ai fait la formation de sophrologue, c'est, disons-le tout simplement, pour garder plus aisément les pieds sur terre. Je me suis ainsi trouvé en quelque sorte à la croisée de chemins qui, pour être différents, ne sont pas antinomiques, mais bien plutôt complémentaires ... surtout dans la mesure où chacun le sait, la base philosophique des deux démarches est la phénoménologie.
Cette "locatio viarum" m'a été révélée au cours de l'analyse d'un médecin dont, au détour du discours, j'ai surpris les graves lacunes de schéma corporel . Le réflexe du sophrologue a joué et je lui ai proposé une cure sophronique en complément de son analyse. Les résultats dépassèrent de beaucoup mes prémisses intuitives et permirent une résolution relativement très rapide de ses problèmes existentiels.
Cette confirmation pratique d'une intuition purement théorique m'incita à tenter de mettre sur pieds une thérapie de l'être humain global, complétant une aide analytique par une approche plus somatique ... ou inversement . Mon approche clinique étant à base de Logos, terpnos ou non, la Sophrologie, grâce au positionnement positif du patient comme du thérapeute, ne pouvait que me garder de franchir la frontière du "primum non nocere" qui devrait rester l'exigence première de toute approche thérapeutique digne de ce nom...
Certains pourront me dire* : "Positif ! Positif ! Vous n'êtes pas analyste !"... D'autres penseront qu'il n'y a pas lieu de, ou tout au moins qu'il y a danger à rapprocher une démarche qui se veut purement intellectuelle d'une autre qui est purement sensuelle...** J'ai la faiblesse de rester pragmatique et de ne voir que le plus important en la matière, c'est-à-dire le mieux-être de mes patients.
Je veux vous parler aujourd'hui de la possibilité que semble offrir ce que j'appelle la psychosophrologie dans l'amélioration du diabète. A travers le cas d'une jeune diabétique, que nous appellerons Marinette, venue me voir il y a deux ans avec une demande de cure sous hypnose . Aucun antécédent diabétique connu, dans l'une ou l'autre famille parentale.
Elle était à l'époque, début juillet 1988, insulino-dépendante à 88 U/jr ( elle avait d'ailleurs une pompe à insuline); elle présentait corrélativement, et j'ose dire : normalement, de légers troubles caractériels à l'encontre de son entourage immédiat, en particulier sa fratrie.
Nous décidâmes d'une fréquence de séances bi-hebdomadaires, principalement en RD1, en mettant l'accent sur la "concentration sur l'objet" ainsi que sur des dialogues pré- et post-sophroniques à visée psychanalytique.
Dès le 19 août, elle m'annonçait que "les autres s'apercevaient de la nette amélioration de son caractère" !
Le 17 octobre ses prises d'insuline toujours à la même dose journalière étaient cependant plus équlibrées dans le temps . Entretemps, elle avait loué un appartement avec sa soeur qu'elle ne pouvait supporter au début de la cure, à peine deux mois auparavant.
Le 7 novembre, en arrivant à la séance, elle me crie :" J'ai baissé mes doses de 20 unités en trois jours !" Elle ajoute qu'elle n'a plus aucun mal à s'intégrer à un groupe.
Tout ceci me semblait particulièrement positif, bien que troublant. J'ai pris conseil auprès de quelques confrères médecins qui m'affirmèrent que de telles fluctuations dans le diabète n'étaient pas rares.
Le 21 novembre, Marinette se sentait très angoissée, suite à une légère hyperglycémie consécutive à un dysfonctionnement de la pompe à insuline. Nous ajoutons la SAP à notre pratique .
Jusqu'au 1er février 1989, il y eut alors une sorte de "période de latence" qu'avec le recul du temps il est permis d'attribuer à l'approche "psy" que nous menions conjointement.
Le 1er février 1989, au cours du dialogue post-sophronique, elle m'apprend que sa mère, lorsqu'elle l'attendait, avait dû subir une série de piqûres journalières pour garder l'enfant... L'interprétation me parut évidente ! L'apparition de son diabète à l'âge de 18 mois coïncidait avec le stade de la prise de conscience de son sexe par le tout jeune enfant . Il était donc plausible d'imaginer qu'à ce moment elleavait réalisé (inconsciemment, bien sûr !) que pour devenir une femme "comme maman", il lui faudrait subir des piqûres..... De là à penser à une identification au parent du même sexe à travers les piqûres d'insuline, il n'y avait qu'un pas !
Je risquai l'interprétation et la vit blêmir : elle se dit profondément remuée par mes paroles.
Le 27 février, le diabète redevenait irrégulier, "suite à l'angoisse du bac blanc", analysa-t-elle spontanément. La coopération était devenue encore plus étroite car elle avait compris qu'il y avait de fortes présomptions pour que sa forme de diabète fût d'origine psychique !
Il fallut attendre la mi-mai pour qu'elle me dise que "son inconscient réalisait les méfaits de la piqûre".
Le 31 mai, son diabétologue lui ayant fortement suggéré qu'elle "faisait sans doute des comas glycémiques pendant son sommeil" (la baisse sensible des prises d'insuline lui semblant évidemment anormale), Marinette revint du jour au lendemain aux doses qu'elle prenait il y a un an ...
Le résultat ne s'est guère fait attendre : trois jours plus tard elle fut hospitalisée pour acidocétose et Syndrome de Somogy, suite au rejet par le corps de ces trop fortes doses d'insuline .
La reprise d'une conscience claire fut cependant très rapide, grâce à l'intelligence de la jeune fille, et lorsqu'elle revint me voir, le 16 juin, elle avait déjà réduit ses doses de 30 U/jr .
Le 30 juin, elle avait encore baissé ses doses de 15 U/jr, bien qu'elle fût parfois "réveillée par des sensations d'hypoglycémie".
Le 24 juillet, elle m'annonce une autre baisse de 10 U/jr. Elle demande alors qu'on remplace la pompe par un stylo. Durant le mois d'août, Marinette est monitrice dans une colonie de vacances pour jeunes diabétiques et elle était remontée à 40 U/jr le 18 septembre, vraisemblablement suite à une "Abfuhr" bien normale .
Le diabète est très déséquilibré jusqu'au 2 février 1990 où Marinette a besoin de 53 U/jr . J'introduis dans mon Logos une visualisation positive plus intense et une imagerie mentale telle que Carl Simonton la pratique avec les cancéreux . Nous pratiquons ces exercices en SRS.
Le résultat est surprenant :
16 février : 46 U/jr ;
2 mars : 44 u/jr . Marinette prétend avoir réussi une production volontaire d'insuline !
Le 30 mars, elle est à 40 U/jr . Dans son imagerie mentale, ses îlots de Langherans " se transforment de grains de raisin en pommes avec des pores comme une orange" .
Le 13 avril, elle prend 38 U/jr . L'imagerie mentale, qu'elle pratique seule le soir à la fin de sa séance journalière de sophrologie, entraîne une baisse sensible de la glycémie.
39 U/jr le 1er juin .
35 U/jr le 15 juin . Cette irrégularité dans la progression est expliquée par Marinette comme la conséquence de l'angoisse de l'examen .
33 U/jr le 6 juillet . Elle m'annonce de brillants résultats à ses examens.
32 U/jr le 16 juillet : le stage qu'elle fait actuellement lui déplaît.
...
Ce qui me semble particulièrement intéressant, sinon significatif, c'est la baisse régulière d'environ 2 U/jr tous les 15 jours à partir du 2 février 1990 ainsi que, selon ses dires, la production volontaire d'insuline. Il semblerait que ce résultat soit non seulement plus positif qu'une "progression en dents de scie", mais encore qu'il soit prometteur d'une amélioration plus stable, donc plus solide .***
Je pense avoir montré par cette brève étude les bienfaits que nous sommes en droit d'espérer de l'alliance des techniques psychothérapiques et sophroniques dans le traitement des formes de diabète à forte dominante psychogène.
Je tiens ici à préciser que Marinette, poursuivant le travail entrepris sur elle-même, avait demandé à tous les jeunes diabétiques dont elle eut la charge au mois d'août 1989 de "dessiner leur diabète" et de "tenter d'en cerner les origines" ..... sur 18 enfants, 16 ont mis en avant un choc affectif ou émotif important !
Pour "élargir le débat", suivant une formule aujourd'hui courante, j'ajoute que la psychosophrologie semble avoir des résultats extrêmement positifs dans de nombreux autres domaines où bien des spécialistes perdent leur latin ... Je citerai pour mémoire l'amaigrissement, l'endocrinologie, la psychiatrie ( traitement de la spasmophilie) ou l'immunologie, grâce sans doute à une prise de conscience approfondie et à une action conjointe sur la psyché et le soma, au lieu effectif de la phrénitis d'Hippocrate .
* Les chiens aboient et la caravane passe ...
** L'avenir devait une fois de plus me donner raison !
*** Marinette devait quitter la France quelques mois plus tard pour poursuivre ses études et je n'entendis plus jamais parler d'elle...
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Texte d'une intervention de J.L. Brochet (Roscoff, Journées de Sophrologie Médicale, 90 ; Strasbourg, Congrès International de Somatothérapie,91 ; etc.)
Copyright : IVB 1999
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