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La Sexophrologie a aujourd'hui atteint l'âge de raison puisque ses premières présentations en public datent de 1991 .

Somatothérapie à part entière ( cf "Somatothérapies" de R. Meyer et G. Liénard, paru en 1992), elle en revendique non seulement l'esprit, mais aussi la lettre, comme nous allons tenter de le démontrer dans les lignes qui suivent .

Comme chacun le sait ou le pressent, la sexualité est non seulement le baromètre de la vie du couple, mais aussi celui de la santé psychique des individus qui le composent .

Dans une société surintellectualisée comme le sont nos sociétés occidentales, les humains, et tout particulièrement ceux du sexe féminin, semblent avoir une tendance inconsciente à intellectualiser jusqu'à leur jouissance même ... ce qui fait qu'ils passent souvent à côté de l'exultation du corps que représente l'acmé orgasmique !

La sophrologie, telle que l'a créée Alphonso Caycedo, ouvre des voies de recherche vers le mieux-être de l'individu total en laissant au chercheur la possibilité de créer de nouvelles stimulations physiques qui retentissent sur l'harmonie et l'équilibre global de la personnalité et des rapports à l'Autre.

La psychanalyse, comme la plupart des thérapies psychiques, utilise la régression comme voie d'accès privilégiée à la guérison .

C'est dire que la position de "somatothérapeute", c'est-à-dire "psychothérapeute avec le corps aussi", selon les mots mêmes de Richard Meyer, ne pouvait que nous aider à élaborer, puis tester, puis mettre au point une thérapie "avec le corps aussi" qui réponde aux attentes de nos contemporains .

Si nous nous référons à la topique de la somatothérapie, telle qu'elle est exposée dans le schéma ci-dessous, nous constatons :

1. Que pour parvenir à l'état ( trop souvent théorique ! ) de "stabilité structurelle", l'être humain doit, dans son développement ontogénétique, parcourir six étapes que la topique sépare et considère comme une linéarité temporelle alors que la réalité complexe de l'humain crée bien souvent des "interférences" ; et que la maladie ou le malaise mentaux ont tendance à intervertir ces étapes, créant ainsi des "lieux de mort" que le thérapeute tente de transformer en "lieux de vie" par un travail régressif jusqu'au moment où le processus d'interversion a été initialisé .

2. Que toute régression "consciente", ou tout au moins médiatisée par le langage, ne peut qu'être sinon partielle du moins très lente et dans tous les cas inabordable au plus grand nombre, qui ne jouit pas obligatoirement des facultés intellectuelles suffisantes ...

Il s'ensuit que la sexophrologie, dont le fondement principal est la sophrologie, favorisant le développement de l'univers sensuel par la pratique journalière d'un état de conscience modifié ( le niveau sophroliminal ) permet à l'individu, même très moyen, de régresser, comme par enchantement, jusqu'au point névralgique et ce sans une prise de conscience obligée dont il peut ne pas être capable.

Le but premier de la sexophrologie est donc la prise de conscience du corps, de sa forme, de ses limites et de son intégration dans la totalité du psychisme .

La conséquence logique et immédiate en est un élargissement fécond du champ de conscience ainsi qu'une conscientisation des sensations internes de notre corps . De ce corps qui n'est revêtu d'oripeaux divers que suite à la socialisation normale chez l'homme ( Socrate n'affirmait-il pas déjà que "l'homme est un animal social" ?).

C'est le troisième stade de l'ontogénèse décrite dans le diagramme ci-dessus, la dynamique de socialisation .

Nous voyons donc que le corps habillé devient vite, et ipso facto, un corps caché, pour ne pas dire un corps nié même ; dans la mesure où la société n'a que faire du corps : seules les productions de ce dernier peuvent avoir un intérêt pour l'entité sociale ...

L'apprentissage du langage étant le premier effort de socialisation, la scotomisation de ce dernier nous permet de concevoir que le vêtement peut être à l'origine d'un des premiers lieux de mort de notre sexualité .

Socrate

Dans la mesure du possible, la pratique de la sexophrologie se déroule donc dans un état de nudité totale, dès la première séance en individuel, à la deuxième ou troisième séance dans le cas de travail en groupe et si ( seulement si ) la cohésion du groupe apparaît satisfaisante au thérapeute .

Comme, au cours de la séance de sophrologie, le sophronisant n'est pas supposé prendre la parole, la régression induite cette fois-ci par le corps renvoie directement à la "bulle primitive", première étape de l'ontogénèse .

La bienveillance nécessaire du sexophrologue et le choix des stimulations douces entretiennent l'homéostasie renforcée par l'atteinte du niveau sophroliminal qui permet, lui, une meilleure gestion des sensations, du niveau énergétique et des vécus qualitatifs qui leur sont liés, par conséquent l'avènement d'une homéoesthésie qui a pu être troublée par l'apparition inconsciente de lieux de mort dont il ne sera même pas nécessaire de prendre conscience, au contraire de ce qui se passe au cours d'une psychanalyse, par exemple .

La résurgence des lieux de vie permet ainsi, sans aucun effort de la volonté, l'instauration de l'état esthésique stable et structuré, réparateur du restant de la vie du sophronisant, puisque les vécus sensuels et sexuels n'interviennent plus comme perturbateurs de cette stabilité ; ce qui, soit dit en passant, représente tout de même une avancée par rapport au combat freudien entre l'Eros et le Thanatos : la réconciliation de ces deux exigences apparemment opposées concourt ainsi à l'avènement de l'être total, loin des dichotomies anciennes.

Tel est le résultat que l'on atteint par la pratique des deux premiers degrés de la sexophrologie .

Ces premiers degrés permettent également de faire l'impasse sur la prise de conscience effective de l'étape de la "matrice fusionnelle" (deuxième étape de la topique somatothérapique ), dans la mesure où la"fusion" se trouve transposée au niveau de ce qu'il est convenu d'appeler " l'alliance sophronique" ( un avatar du transfert analytique, pour ne pas s'étendre mais rester compréhensible ) : le raccourci temporel de la séance gomme en quelque sorte les mois ou les années où l'irruption de l'Autre aléatoire a pu déposer des germes de crises de stabilité structurelle . L'homéoesthésie s'enrichit de la présence de l'Autre en une attension* tendre, sensuelle et partagée .

Cette sorte de fusion amoureuse est une étape naturelle à laquelle sont restées bloquées nombre de personnes incapables d'intégrer l'Autre perturbateur à leur propre stabilité . Il semble que la sexophrologie épure en quelque sorte la capacité d'amour adulte : c'est la troisième étape ontogénétique.

Les trois derniers stades de la topique somatothérapique sont abordés au cours du troisième degré de la sexophrologie : la dynamique de socialité se traduit sur le plan sexuel par la notion de puissance .

- Puissance de concentrer le plaisir sur la sphère génitale, chez la femme comme chez l'homme .

- Puissance impossible à concevoir même au cours des stades antérieurs ; d'où l'importance que revêt dans la thérapie un apprentissage graduel, mais harmonieux, ce qui est énormément facilité par l'aspect psycho-corporel de la sexophrologie : le niveau sophroliminal de la conscience, si proche des zones marginales de l'inconscient, permet au corps lui-même de rétablir les lieux de vie nécessaires à la place des lieux de mort générateurs des symptômes morbides .

Il faut en fait considérer que la pratique du troisième degré de la sexophrologie construit la possibilité d'aborder sereinement et sans trop de risques d'erreurs mortifères les cinquième et sixième stades de l'ontogénèse : la "matrice affective" et la "bulle créatrice" sont affaires d'adultes, donc comme nous le disons souvent "d'univers à eux tous seuls" .

Le corps transcendé est là pour assurer le nécessaire "état de stabilité structurelle" qui seul rend possible le passage de la grande personne à l'adulte, le thérapeute n'a plus sa place .

*Nous devons ce néologisme à Richard Meyer : ce n'est pas une faute d'orthographe !

Méthodologie            

1. Cadre

Nudité du thérapeute aussi bien que du ou des sophronisant(s) : un des buts à ne pas perdre de vue est la prise de conscience par le sophronisant à la fois de son appartenance à un ensemble plus vaste que lui-même, la race humaine, et de sa singularité fondamentale par rapport à cet ensemble, à travers la conscientisation de son être propre .

Les éventuelles positions de principe quant à la dualité exhibitionisme/voyeurisme sont dans la pratique totalement occultées puisque dès la seconde stimulation ( au sens sophrologique du mot !), les yeux sont clos pour une concentration plus intense sur le monde intérieur .

Ce point est important . Il est évident que cette exigence de nudité entraîne pour corollaire que le thérapeute soit le plus clair possible avec son propre corps, sa propre nudité face à celle des autres, ainsi qu'avec ses relations au pouvoir.

Si Caycedo ne peut plus nier l'inconscient en sophrologie, c'est vraisemblablement pour deux raisons majeures : la première est que l'évolution de ses recherches personnelles l'a confronté d'une manière incontournable avec cette réalité psychique ; la seconde est sans aucun doute que l'analyse de son propre Terpnos Logos et  de ses effets sur les sophronisants l'a conduit à envisager toute la partie infra-verbale de son discours et ses implications sur la frange subconsciente du psychisme des sophronisants .

C'est pourquoi nous insistons sur la forme autant que sur le fond de notre Terpnos Logos qui doit s'adapter autant que faire se peut à ce que nous ressentons intuitivement** du fonctionnement psychique du ou des sophronisants qui nous font face lors de la séance : il nous arrive souvent d'employer la poésie ( celle que Jean Cohen appelle "pathologie du langage" ) pour véhiculer des injonctions ou induire un processus inconscient . Nous développons cette démarche dans un ouvrage à paraître .

Si nous venons de parler d' "injonction", ce n'est pas vraiment par hasard : toute thérapie psychique fait peu ou prou appel à une forme d'hypnose puisque cette dernière, en abaissant les "barrrières", en neutralisant les "résistances", a de tous temps été le moyen le plus efficace donné à l'homme soignant d'agir sur la partie malade du psychisme de l'homme soigné .

C'est la vertu "hypnotique" du Terpnos Logos, avec son très important impact infra-verbal, qui atteint les couches liminales du subconscient du sophronisant .

**L'intuition, la "folle du logis" de Descartes, n'est pas si folle que çà et la saine réflexion semble être obligée d'en tenir compte, quitte à s'en méfier !

2. Abrégé de la méthode

Le fractionnement de la démarche sexophrologique en trois degrés s'est imposé à nous dans la pratique comme une sorte de chemin de vie "en raccourci", à l'écart des traumatismes car protégé par la situation thérapeutique. Cette sorte de chemin initiatique induit l'idée d'une graduation parallèle à l'ontogénèse, à l'inverse de la relaxation dynamique de Caycedo, que l'on peut pratiquer dans le désordre ( tout au moins le dit-il lui-même !), comme le tiercé !

Le "gnôti sé auton" socratique n'est-il pas à la base de la démarche sexophrologique ? Outre le fait que c'est graduellement que l'on approche de soi-même et que "brûler les étapes" ne pourrait que renforcer les défenses, conforter les troubles et plus encore cadenasser les portes de soi-même à soi-même, les troubles psycho-sexuels sont la plupart du temps directement dérivés d'un chamboulement dans les étapes de l'ontogénèse .

Le premier degré de la sexophrologie est inspiré du premier degré de la relaxation dynamique, dont nous avons retenu l'enchaînement des stimulations qui conduisent en douceur et comme par enchantement jusqu'au niveau sophroliminal, c'est-à-dire à un niveau de conscience naturel quoiqu' habituellement non perçu : le cerveau émet principalement des ondes alpha, comme lors des phases de sommeil paradoxal ; ce que nous avons d'ailleurs pu mettre en lumière grâce à l'électroencéphalographie

Nous avons supprimé les stimulations qui nous paraissaient trop violentes ou susceptibles d'induire une mauvaise perception de son corps nu .

Après une prise de conscience de la position verticale et la classique "lecture du corps", nous passons à la première stimulation, diaphragmatique et abdominale .

Nous enchaînons sur l'exercice "tra-tak". Les yeux se ferment.

La stimulation que nous appelons "la cathédrale" permet d'inhiber un deuxième sens relationnel avec l'extérieur : l'olfaction .

La stimulation "de fermeture" permet d'inhiber les autres sens: ouïe, toucher . Retour à la "bulle primitive".

Nous opérons maintenant la stimulation douce de la nuque . Homéostasie primitive .

Stimulation de la gorge et du cou : exercice particulièrement indiqué dans les cas de thyroïdite et pour la fermeté des seins féminins .

Chacune de ces stimulations est dans la pratique thérapeutique suivie de la période "de récupération" propice à l'élargissement du champ de conscience .

Le but de ce premier degré, outre l'abord du niveau sophroliminal, est, comme dans la "sophrologie de base", le renforcement du schéma corporel par une prise de conscience des sensations internes du corps.

C'est aussi la régression somatothérapique jusqu'à la "bulle primitive" : le passage par le corps évite au sophronisant des mois ou même des années de gémissements sur le divan .

Il est souhaitable de pratiquer ce premier degré six semaines durant,à raison d'une séance par semaine avec le sexophrologue, sans oublier la pratique individuelle et journalière chez soi, dans le but d'affermir et d'assimiler les techniques .

Le deuxième degré de la sexophrologie concerne plus directement les sensations érotico-sexuelles : après la prise de conscience des sensations internes générales, il s'agit de la prise de conscience de la peau comme agent de liaison entre soi et le monde extérieur. C'est le début du processus de socialisation facilité par l'homéoesthésie qui s'est (re)créée au cours du premier degré .

Nous commençons par l'exercice dit de "la caméra", tiré du deuxième degré de la relaxation dynamique, pour insister sur la conscience de la forme .

Nous accentuons cette prise de conscience de la forme de notre corps par une auto-palpation "en descente", du sommet de la tête jusqu'à la zone génitale .

La même stimulation est ensuite effectuée à partir des chevilles en remontant le long des membres inférieurs jusqu'à la zone génitale .

Ces trois exercices sont pratiqués en sophro-respiration synchronique .

La quatrième stimulation est une auto-palpation simultanée du sexe et de la poitrine . Elle se pratique en respiration libre .

Nous insistons sur le fait que, dans la pratique thérapeutique, le deuxième degré est toujours précédé du premier, de manière à supprimer la majeure partie des risques de décompensation névrotique, voire même psychotique : la conscience de son intériorité ( bulles primitive et fusionnelle ) est affirmée par le premier degré et, lors du passage au second, les yeux restent fermés, évitant ainsi l'agression des images.

La récupération se pratique en position allongée, la respiration estlibre, le Terpnos Logos insiste sur la conscience de la forme et des limites .

Il paraît souhaitable de pratiquer la concentration sur l'objet avant de passer à la désophronisation .

Le sexophrologue évaluera le nombre de séances utile qui de toute manière ne pourra être inférieur à cinq et se situe d'une façon générale aux alentours de dix, à raison d'une séance ou deux par semaine . La pratique quotidienne chez soi est également souhaitable .

 

Le troisième degré est directement tiré du "yabyum" des moines tibétains, tel que le poète Jacques Kerouac l'a fait connaître en Occident . Une assimilation préalable des deux premiers degrés est une exigence interne de la méthode pour tirer la "substantifique moëlle" du troisième : conscience accrue de la forme, des limites et des sensations de son propre corps pour accéder à la conscience de la forme et des limites du corps de l'Autre .

Les sophronisants sont assis deux par deux, l'un en face de l'autre, en tailleur ou en "lotus", pour ceux qui peuvent ou préfèrent adopter cette position . Leurs genoux se touchent .

Auto-palpation du sommet de la tête jusqu'aux chevilles, suivie de la palpation du corps de l'autre, des chevilles au sommet de la tête, dans un mouvement doux d'aller-retour .

Ensuite, les partenaires s'asseyent sur des chaises, face à face, lesjambes imbriquées . Chacun pose sa tête sur l'épaule de l'autre : possibilité de palper le dos de son vis-à-vis jusqu'à l'assise . Dans le même mouvement, passage à la zone génitale et palpation de la face du corps, en "remontée", jusqu'au visage, puis au sommet de la tête.

La dernière stimulation de ce troisième degré consiste en un "grattage" du dos du partenaire avec le dos des ongles, de la nuque jusqu'aux fesses .

Ce troisième degré est particulièrement à conseiller aux couples dont l'appétit sexuel réciproque diminue et qui ont tendance à s'installer dans une monotonie conjugale, facteur de névrose à plus ou moins long terme . Dans ce cas particulier, nous déconseillerons la dernière stimulation, en raison de son caractère anaphrodisiaque et détendant : la tension sexuelle naturelle éveillée par les stimulations précédentes doit pouvoir ouvrir la porte de la "bulle créatrice"!

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Ce bref exposé laisse entrevoir les indications de la sexophrologie: l'anérection (sans cause physiologique connue), l'éjaculation précoce, la dyspareunie, l'anorgasmie, le vaginisme, par exemple, trouvent là un procédé de résolution relativement rapide puisqu'à ce jour aucune cure n'a excédé une durée de quelques mois .

Sont également à noter des améliorations importantes de certains cas autrefois appelés "border-line". Ces résultats sont sans aucun doute à mettre au crédit de la médiation somatothérapique ( "avec le corps aussi") qui accélère considérablement et sans souffrance psychique le processus habituel de régression/reconstruction .

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